LES SECRETS DES 5 MEILLEURES STRATÉGIES POUR ABAISSER LA GLYCÉMIE. voir sur YouTube
La glycémie, c'est la quantité de glucose présente dans votre sang. En France, on l'exprime en grammes par litre. Chez une personne sans diabète, elle se situe le plus souvent autour de 0,80 à 0,86 g/L à jeun, et elle passe environ 90 % de la journée entre 0,70 et 1,20 g/L. Ce n'est jamais une valeur fixe : elle monte après un repas, redescend, remonte un peu la nuit, réagit à une contrariété, à une nuit trop courte, à un médicament.
En 2017, à 24 ans, j'ai découvert la mienne à 3,50 g/L au laboratoire, puis à 4,50 g/L deux jours plus tard à l'hôpital d'Angers, avec une hémoglobine glyquée à 13 %. Je mesure la mienne presque tous les jours depuis 2018. Cette page rassemble ce que j'aurais voulu lire ce jour-là : ce que le chiffre signifie, quelles valeurs servent de repère, ce qui le fait bouger, et à quel moment il faut appeler un médecin plutôt que chercher une réponse en ligne.
C'est quoi la glycémie, et pourquoi elle bouge en permanence ?
Le glucose est le carburant principal de vos cellules, et en particulier de votre cerveau. Votre corps ne peut ni le laisser s'effondrer ni le laisser s'accumuler : il maintient donc une concentration assez stable dans le sang, en permanence, avec deux hormones qui tirent dans des sens opposés. L'insuline fait entrer le glucose dans les cellules et fait donc baisser la glycémie. Le glucagon, lui, ordonne au foie de relâcher ses réserves et la fait monter.
Ce système fonctionne aussi quand vous ne mangez pas. Pendant la nuit, votre foie libère du glucose en continu pour alimenter votre cerveau. C'est pour cette raison qu'une glycémie à jeun n'est jamais à zéro, et c'est aussi pour cette raison qu'elle peut être élevée au réveil alors que vous n'avez rien avalé depuis douze heures.
Dans le diabète, l'une des deux pièces manque. Soit le pancréas ne produit plus assez d'insuline, soit les cellules y répondent mal, ce qu'on appelle la résistance à l'insuline. Dans les deux cas, le glucose reste dans le sang au lieu d'entrer dans les cellules. Vous avez du carburant partout, sauf là où il sert.
Les valeurs de référence, et ce que les capteurs continus ont ajouté
Les critères de l'Organisation mondiale de la Santé et de la Fédération internationale du diabète sont simples : la glycémie est considérée comme normale entre 0,70 et 1 g/L à jeun, et en dessous de 1,40 g/L après un repas. Au-dessus de 1,10 g/L à jeun on parle de prédiabète, et le seuil de 1,26 g/L confirmé sur deux prélèvements fait entrer dans le diabète. Ces seuils sont détaillés dans l'article sur le taux de glycémie qui définit le diabète et dans celui sur les valeurs normales à jeun et après le repas.
Ces chiffres disent où commence la maladie. Ils ne disent pas à quoi ressemble une journée normale. Pour le savoir, j'ai repris dans mon livre six études qui ont posé un capteur de glucose en continu sur des personnes sans diabète, au total plus de 900 participants, enfants et adultes, sur des périodes allant de deux jours à un mois. Le portrait qui en sort est beaucoup plus précis qu'un seuil isolé.
| Moment | Ce que montrent les capteurs chez des personnes sans diabète |
|---|---|
| À jeun au réveil | 0,80 à 0,86 g/L en moyenne |
| Moyenne sur 24 heures | 0,89 à 1,04 g/L |
| Moyenne nocturne | 0,81 à 1,02 g/L |
| Pic après un repas | 0,99 à 1,37 g/L, atteint en 45 à 60 minutes |
| 3 heures après un repas | Retour vers 0,97 à 1,14 g/L |
Deux enseignements en ressortent. D'abord, la glycémie d'une personne en bonne santé vit dans un couloir étroit : 90 % du temps entre 0,70 et 1,20 g/L, et très rarement au-dessus de 1,40 g/L. Ensuite, ce couloir est plus bas que ce que les seuils laissent croire. Une étude publiée en 1999 dans Diabetes Care a montré que les hommes dont la glycémie à jeun dépassait 0,85 g/L avaient une mortalité cardiovasculaire significativement plus élevée que ceux qui restaient en dessous. Être « dans la norme » et être à l'optimum ne sont pas la même chose. Personnellement, je vise 0,70 à 0,85 g/L au réveil, parce que j'ai constaté que ma journée entière en dépend.
g/L, mg/dL, mmol/L, HbA1c : savoir quel chiffre vous lisez
La confusion d'unités est la première source d'angoisse inutile. La France utilise le gramme par litre, la Belgique et les États-Unis le milligramme par décilitre, la Suisse, le Canada et le Royaume-Uni la millimole par litre. Un même sang donne 1 g/L, 100 mg/dL ou 5,5 mmol/L. Pour convertir, multipliez les g/L par 5,55 pour obtenir des mmol/L, ou divisez les mg/dL par 18.
| g/L | mg/dL | mmol/L | Ce que ça représente |
|---|---|---|---|
| 0,60 | 60 | 3,3 | Hypoglycémie installée |
| 0,70 | 70 | 3,9 | Seuil bas de la normale |
| 1,00 | 100 | 5,5 | Glycémie à jeun normale |
| 1,26 | 126 | 7,0 | Seuil du diabète à jeun |
| 1,40 | 140 | 7,8 | Limite haute après repas |
| 2,00 | 200 | 11,1 | Hyperglycémie franche |
| 3,00 | 300 | 16,7 | Urgence, avis médical le jour même |
À côté de la glycémie ponctuelle, il y a l'hémoglobine glyquée, ou HbA1c, mesurée en laboratoire. Elle reflète la moyenne de vos glycémies sur les deux à trois derniers mois, exprimée en pourcentage. C'est le chiffre que votre médecin regarde en premier, parce qu'une glycémie isolée peut être bonne un matin et mauvaise le lendemain, alors que l'HbA1c ne se laisse pas maquiller par une journée sage avant la prise de sang.
Recevoir ses premiers résultats d'analyse est déroutant, et les consultations n'ont pas toujours le temps qu'il faudrait pour expliquer chaque ligne. J'ai réuni pour cette raison un glossaire des termes qui apparaissent sur une prise de sang, disponible sur le site : il permet de lire son bilan sans avoir à deviner.
Les symptômes d'une glycémie trop haute ou trop basse
Une glycémie élevée ne fait pas mal. C'est son principal danger : elle s'installe des mois, parfois des années, en produisant des signes qu'on met sur le compte de la fatigue ou du stress. Les plus fréquents sont la soif intense, des urines abondantes jour et nuit, une fatigue qui ne passe pas au repos, une vision floue, un appétit augmenté, des infections à répétition, des plaies qui cicatrisent mal, des picotements dans les mains ou les pieds.
J'ai vécu exactement cette liste sans la reconnaître. J'ai souffert de fatigue chronique pendant des années en concluant que c'était un héritage familial et que j'en souffrirais toute ma vie. Quand les urines fréquentes et les troubles de la vision sont apparus, ma première réaction a été de taper « uriner beaucoup » sur Internet. Si vous lisez cette page pour cette raison, ne restez pas dessus : allez faire mesurer votre glycémie.
À l'inverse, une glycémie basse se fait sentir vite et fort : sueurs, tremblements, faim brutale, palpitations, irritabilité, difficulté à réfléchir. Les seuils et les signes sont détaillés dans l'article sur les symptômes de l'hypoglycémie. Deux situations demandent un appel immédiat et non une lecture : une glycémie qui ne redescend pas malgré votre traitement habituel, avec nausées, souffle court ou haleine à l'odeur de fruit, qui évoque une acidocétose ; et une hypoglycémie avec confusion ou perte de connaissance.
Quand mesurer, et pourquoi un chiffre isolé ne veut rien dire ?
La fréquence de mesure dépend de votre traitement, et c'est votre médecin qui la fixe. Sous insuline, les contrôles sont pluriquotidiens. Sous traitement oral ou sans traitement, une mesure quotidienne ou quelques mesures par semaine bien placées apprennent déjà énormément. Ce qui compte, c'est moins le nombre de piqûres que le choix des moments.
Quatre moments donnent le plus d'information :
- Au réveil, à jeun, avant de boire ou manger : c'est votre point de départ, et le meilleur indicateur de la façon dont votre nuit s'est passée.
- Une heure à une heure trente après le début d'un repas, puisque le pic tombe en moyenne entre 45 et 60 minutes selon les études en capteur continu. Mesurer trois heures après, comme on le fait souvent, c'est arriver après le passage du train.
- Avant et après une séance de sport, surtout si vous prenez de l'insuline.
- Au coucher, pour comprendre la valeur du lendemain matin.
Un chiffre seul ne veut presque rien dire. Deux chiffres encadrant un même repas racontent une histoire. C'est la raison pour laquelle je note tout depuis 2018 : ce que j'ai mangé, dans quel ordre, ce que j'avais fait avant, comment j'avais dormi. Les carnets de suivi servent précisément à ça, et ils transforment une collection de mesures en information utilisable. Ceci étant dit, ne modifiez jamais une dose seul sur la base d'une mesure isolée : les ajustements se font avec le professionnel qui vous suit.
Qu'est-ce qui fait monter la glycémie, et pas seulement le sucre ?
Les glucides raffinés font monter la glycémie, et vite : farine blanche, riz blanc, jus de fruits, sodas. Un jus d'orange arrive dans le sang presque aussi vite qu'un soda, parce que les fibres qui ralentissaient l'absorption ont été retirées. Voilà la part évidente. Le reste est moins connu, et c'est là que la plupart des gens se trompent.
En septembre 2019, je rentrais de deux ans à l'étranger en capacité de me passer d'insuline. Chez mon frère, j'ai réintroduit la viande, avec le raisonnement le plus logique du monde : la viande ne contient pas de glucides, donc elle ne peut pas faire monter ma glycémie. J'y suis arrivé avec une glycémie à jeun d'environ 0,80 g/L. Une semaine plus tard, elle dépassait 2 g/L. Aucun sucre ajouté dans cette semaine, seulement des graisses et des protéines animales quotidiennes. Ma sensibilité à l'insuline s'était effondrée, et à la fin de cette période une seule datte me faisait monter à 3 g/L, alors qu'en Australie j'en mangeais jusqu'à 250 g par jour avec des glycémies normales. C'est le passage de mon histoire que je raconte le plus volontiers, parce qu'il démonte l'idée que tout se joue sur le sucre du repas.
D'autres facteurs comptent autant, et aucun n'a de rapport avec l'assiette :
- Le stress, qui libère du cortisol et du glucagon, donc du glucose stocké dans le foie.
- Le manque de sommeil : une étude publiée dans Diabetes Care a montré une association entre perte de sommeil et hyperglycémie chez des patients hospitalisés.
- Un effort très intense et court, qui fait monter la glycémie au lieu de la baisser, par libération d'hormones de stress. C'est documenté pour l'exercice bref de haute intensité et ça surprend tout le monde la première fois.
- Certains médicaments, les corticoïdes en particulier. J'en ai fait l'expérience avec une prescription banale qui a fait passer ma glycémie au réveil de 1,80 g/L à plus de 3 g/L. Signalez toujours votre diabète avant toute nouvelle ordonnance.
- Une déshydratation, qui concentre le glucose sanguin.
Ce qui la fait baisser, dans la durée
Cinq leviers agissent, et ils agissent ensemble. Une alimentation construite autour de végétaux entiers, riche en fibres et pauvre en graisses, améliore la sensibilité à l'insuline. Bouger tous les jours fait capter du glucose par le muscle, y compris sans insuline. Une hydratation correcte, une gestion du stress qui tienne, et un sommeil suffisant complètent l'ensemble. Chacun de ces points est développé dans l'article sur les stratégies pour faire baisser sa glycémie.
Certains détails pèsent plus qu'on ne le croit. L'ordre dans lequel vous mangez les aliments d'un même repas change la hauteur du pic. Le vinaigre aussi : une étude parue dans Diabetes Care a mesuré une réduction de l'hyperglycémie après repas chez des personnes de type 1 ayant consommé du vinaigre avant de manger. Ce sont de petits leviers, mais ils sont gratuits et vérifiables sur votre propre lecteur de glycémie.
En revanche, ces changements prennent du temps. Concentrez-vous sur des habitudes durables plutôt que sur des solutions rapides. Et si vous prenez de l'insuline ou un hypoglycémiant, toute amélioration de votre glycémie doit s'accompagner d'un réajustement des doses avec votre médecin, sinon vous remplacez un problème d'hyperglycémie par un risque d'hypoglycémie.
Par où commencer quand tout est nouveau ?
Il est normal de se sentir submergé par tous ces termes. Le premier pas utile est simple, et il ne coûte rien : pendant une semaine, mesurez votre glycémie au réveil et une heure après votre repas principal, et notez à côté ce que vous avez mangé. Au bout de sept jours, vous saurez déjà deux choses que personne ne peut vous dire à votre place : où se situe votre point de départ le matin, et quels repas vous font décoller.
À partir de là, chaque question a sa réponse détaillée : les valeurs normales, le seuil du diabète, les symptômes d'hyperglycémie, les causes d'hypoglycémie. Ce sont les articles que vous trouverez dans le blog. Ce qui ne se met pas dans un article, c'est l'ordre : quoi changer en premier, à quel rythme, comment sortir d'une habitude sans en créer une pire. C'est ce que mon livre organise sur 404 pages et plus de 500 références, parce que cinq ans de tests ne se résument pas en 2 000 mots.
Une semaine de mesures annotées vous apprend plus sur votre propre glycémie que tous les articles disponibles. Ce que le livre organise, c'est la suite : comment lire ces schémas, dans quel ordre agir, et à quel rythme progresser. Certaines personnes réduisent sensiblement leurs besoins en hypoglycémiants en quelques mois ; d'autres progressent plus lentement selon leur point de départ et l'ancienneté du diabète. La fenêtre est plus large au début. Toute modification de traitement se décide avec votre médecin, jamais seul. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.
Sources
- Fasting blood glucose: an underestimated risk factor for cardiovascular death (Diabetes Care, 1999)
- Association Between Inpatient Sleep Loss and Hyperglycemia of Hospitalization (Diabetes Care)
- The impact of brief high-intensity exercise on blood glucose levels
- Vinegar Decreases Postprandial Hyperglycemia in Patients With Type 1 Diabetes (Diabetes Care)