Mieux comprendre ses résultats de prises de sang liées au diabète.. voir sur YouTube

Une glycémie normale se situe entre 0,70 et 1,10 g/L à jeun, soit 3,9 à 6,1 mmol/L, et reste sous 1,40 g/L (7,8 mmol/L) deux heures après un repas. Sur une prise de sang, l'hémoglobine glyquée (HbA1c), qui reflète la moyenne des trois derniers mois, est considérée comme normale sous 5,7 %.

Voilà la réponse courte. Le reste de cet article sert à comprendre ce que chaque zone veut dire, comment passer d'une unité à l'autre, et pourquoi un chiffre isolé ne vous apprend presque rien.

Recevoir les résultats d'une analyse sanguine pour la première fois est déroutant. Les termes sont techniques, les fourchettes changent d'un laboratoire à l'autre, et le temps de consultation manque souvent pour tout expliquer. C'est exactement la situation dans laquelle je me suis retrouvé en 2017.

Les trois tableaux, en g/L et en mmol/L

Voici les seuils utilisés en France pour une glycémie veineuse mesurée au laboratoire, à jeun depuis au moins huit heures :

Zoneg/Lmmol/L
HypoglycémieMoins de 0,70Moins de 3,9
Glycémie normale0,70 à 1,103,9 à 6,1
Glycémie à jeun anormale (prédiabète)1,10 à 1,256,1 à 6,9
Diabète, à confirmer par un second dosage1,26 et plus7,0 et plus

Deux heures après le début d'un repas, ou deux heures après la charge de sucre d'une hyperglycémie provoquée par voie orale :

Zoneg/Lmmol/L
NormaleMoins de 1,40Moins de 7,8
Intolérance au glucose1,40 à 1,997,8 à 11,0
Diabète2,00 et plus11,1 et plus

Et l'hémoglobine glyquée, qui ne se mesure pas à jeun :

ZoneHbA1c
NormaleMoins de 5,7 %
Prédiabète5,7 à 6,4 %
Diabète6,5 % et plus

Un seul chiffre au-dessus d'un seuil ne pose pas un diagnostic. Il faut un second dosage, ou une glycémie supérieure ou égale à 2 g/L accompagnée de symptômes. Les valeurs de diagnostic précises sont détaillées dans l'article sur le taux de glycémie qui définit le diabète.

g/L, mmol/L, mg/dL : la même mesure, trois habitudes

La France exprime la glycémie en grammes par litre. Le Canada, la Suisse et une bonne partie de l'Europe du Nord utilisent les millimoles par litre. Les États-Unis parlent en milligrammes par décilitre. C'est la seule différence : le sang, lui, ne change pas.

Les conversions tiennent en trois opérations :

  • g/L vers mmol/L : multipliez par 5,55. Ainsi 1,10 g/L donne 6,1 mmol/L.
  • mmol/L vers g/L : divisez par 5,55. Ainsi 7,8 mmol/L donne 1,40 g/L.
  • g/L vers mg/dL : multipliez par 100. Ainsi 0,70 g/L donne 70 mg/dL.

Les repères à retenir par cœur, si vous ne devez en garder que quatre : 0,70 g/L = 3,9 mmol/L, 1,10 g/L = 6,1 mmol/L, 1,26 g/L = 7,0 mmol/L, 1,40 g/L = 7,8 mmol/L.

À jeun : ce que dit chaque zone

En dessous de 0,70 g/L, on parle d'hypoglycémie. Chez une personne sans diabète, cela arrive sans conséquence et le corps se corrige seul. Chez une personne traitée par insuline ou par certains comprimés, c'est un événement à prendre au sérieux et à traiter tout de suite. Les signaux à reconnaître sont listés dans l'article sur les symptômes de l'hypoglycémie.

Entre 0,70 et 1,10 g/L, votre pancréas et vos cellules font leur travail. L'insuline est produite en quantité suffisante et les cellules y répondent correctement.

Entre 1,10 et 1,25 g/L, on parle d'hyperglycémie modérée à jeun, ou de prédiabète. Ce n'est pas un diabète, et ce n'est pas rien non plus : c'est le signe que la sensibilité à l'insuline, c'est-à-dire la facilité avec laquelle vos cellules laissent entrer le glucose, commence à baisser. C'est la zone où l'on a le plus de marge de manœuvre.

À partir de 1,26 g/L confirmé sur deux prélèvements, le diagnostic de diabète est posé. Là encore, cela n'a pas la même signification à 30 ans qu'à 80 ans, ni avec ou sans symptômes.

Deux heures après le repas : le chiffre que la plupart des gens mesurent trop tard

Le seuil de 1,40 g/L à deux heures vient d'une observation simple : chez les personnes sans diabète soumises à un test de tolérance au glucose, la glycémie dépasse rarement cette valeur. C'est une limite haute du normal, pas un objectif.

Surtout, deux heures après le repas, le plus dur est passé. Dans les travaux menés avec des capteurs en continu chez des personnes sans diabète, le pic arrive en moyenne entre 45 et 60 minutes après le début du repas. Si vous mesurez uniquement à deux heures, vous pouvez très bien voir 1,20 g/L et avoir dépassé 1,80 g/L quarante-cinq minutes plus tôt. Pour connaître votre propre courbe, mesurez une fois à 45 minutes, une fois à 1 h 30, une fois à 2 h, sur le même repas.

Ce pic n'est pas une fatalité, il dépend du contenu du repas et de ce que vous en faites. Une étude publiée dans Diabetes Care a montré que du vinaigre pris au moment du repas réduisait l'hyperglycémie postprandiale chez des personnes de type 1. L'ordre dans lequel vous mangez les aliments d'un même repas compte aussi. D'autres leviers de fond sont détaillés dans l'article sur les stratégies pour faire baisser sa glycémie.

L'HbA1c : la moyenne que vous ne pouvez pas maquiller

L'hémoglobine glyquée mesure la part de votre hémoglobine sur laquelle du glucose s'est fixé. Comme un globule rouge vit environ trois mois, elle reflète votre glycémie moyenne sur cette période. Elle ne se mesure pas à jeun, et elle ne se rattrape pas la veille de la prise de sang.

En ordre de grandeur, une HbA1c à 6 % correspond à une glycémie moyenne d'environ 1,26 g/L, et 7 % à environ 1,54 g/L. Chez la plupart des adultes vivant avec un diabète, la cible discutée avec le médecin tourne autour de 7 %, mais elle est individualisée : plus basse chez une personne jeune récemment diagnostiquée, plus souple chez une personne âgée ou exposée aux hypoglycémies.

En 2017, à 24 ans, mon résultat affichait 13 % d'HbA1c et 3,50 g/L de glycémie. Deux jours plus tard, à l'hôpital d'Angers, la glycémie était montée à 4,50 g/L. Personne n'a pris le temps de m'expliquer ce que voulait dire ce 13 %, ni pourquoi ce chiffre-là plutôt qu'un autre. J'ai compris bien plus tard que la plupart des personnes diagnostiquées vivent exactement la même chose.

C'est pour combler ce manque que j'ai fini par écrire un glossaire des termes de prise de sang liés au diabète, ligne par ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur le site, et il sert surtout à poser les bonnes questions à votre médecin lors de la consultation suivante.

Normal ne veut pas dire optimal

Voilà ce que les tableaux officiels ne disent pas. Quand on équipe des personnes sans diabète d'un capteur de glucose en continu, on constate que leur glycémie est nettement plus stable que la fourchette officielle ne le laisse croire. Dans les six études que j'ai analysées pour mon livre, leur glycémie à jeun tourne autour de 0,80 à 0,86 g/L, elles passent environ 90 % de la journée entre 0,70 et 1,20 g/L, et leurs pics après repas se situent en moyenne entre 0,99 et 1,37 g/L.

Autrement dit, la vraie « normale » est plus étroite que 0,70 à 1,10 g/L. Et le haut de la fourchette normale n'est pas neutre. Un suivi de 22 ans chez des hommes non diabétiques a montré que ceux dont la glycémie à jeun dépassait 0,85 g/L avaient une mortalité cardiovasculaire plus élevée que ceux qui restaient en dessous. Un résultat à 1,05 g/L est étiqueté normal par le laboratoire, il n'est pas pour autant optimal.

À titre personnel, ma cible au réveil se situe entre 0,70 et 0,85 g/L. J'ai constaté que plus ma glycémie du matin était dans cette fourchette, meilleures étaient mes valeurs de la journée et de la nuit.

Ceci étant dit, une cible basse ne se poursuit pas à n'importe quel prix. Si vous êtes sous insuline ou sous sulfamides, viser plus bas sans en parler à votre médecin, c'est augmenter le risque d'hypoglycémie. On ne modifie jamais une dose seul. La cible se discute, elle ne se décide pas en lisant un article.

« Ma glycémie est à 1,20 g/L, c'est grave ? »

C'est la question qui revient le plus, et la réponse honnête est : cela dépend de quatre choses. À jeun au laboratoire, 1,20 g/L sort de la normale et mérite un contrôle. Une heure après un repas, c'est une valeur banale. Sur un lecteur au doigt, c'est aussi une valeur qui peut différer de celle du laboratoire, car le sang capillaire et le sang veineux ne donnent pas exactement le même résultat. Et sur un capteur en continu, la mesure porte sur le liquide entre les cellules, avec un décalage de plusieurs minutes sur les variations rapides.

S'y ajoutent des facteurs qui n'ont rien à voir avec votre assiette. Une nuit courte suffit : la perte de sommeil est associée à une hyperglycémie chez les patients hospitalisés. Un effort bref et intense fait monter la glycémie au lieu de la baisser, parce que le corps libère du glucose pour alimenter le muscle, ce qu'a montré un travail sur l'exercice de haute intensité. Une infection, un stress, une corticothérapie produisent le même effet.

Ma position tient en une phrase : on juge trop souvent une situation sur un chiffre isolé, comme on juge un aliment sur son seul index glycémique. Ce qui compte, c'est la tendance sur plusieurs jours, dans les mêmes conditions. Trois mesures notées au même moment de la journée valent mieux que quinze mesures éparpillées. C'est précisément à cela que servent les carnets de suivi.

Et si vos valeurs montent haut et durablement, ou si des symptômes s'installent, ce n'est plus une question de tendance. L'article sur les taux de glycémie dangereux indique à partir de quand il faut consulter sans attendre.

Normal et optimal ne sont pas synonymes, et c'est peut-être le point le plus important de cet article. Les études en capteur continu montrent que le corps en bonne santé vit nettement plus bas que la limite haute de la normale : c'est précisément vers cet espace que pointe la méthode du livre. Jusqu'où votre propre fourchette peut-elle se rapprocher de celle d'une personne sans diabète ? La réponse est individuelle, mais elle se dessine plus clairement et plus vite quand la démarche est engagée tôt. Toute modification de traitement se décide avec votre médecin, jamais seul. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.

Sources

  1. Fasting blood glucose: an underestimated risk factor for cardiovascular death (suivi de 22 ans, Diabetes Care)
  2. Vinegar Decreases Postprandial Hyperglycemia in Patients With Type 1 Diabetes (Diabetes Care)
  3. Association Between Inpatient Sleep Loss and Hyperglycemia of Hospitalization (Diabetes Care)
  4. The impact of brief high-intensity exercise on blood glucose levels