Une hypoglycémie, c'est une glycémie qui descend trop bas pour que votre corps fonctionne normalement. Le seuil retenu partout est 0,70 g/L (3,9 mmol/L). En dessous, l'organisme libère de l'adrénaline : tremblements, sueurs, cœur qui s'emballe, faim brutale, difficulté à réfléchir. Le réflexe immédiat tient en une phrase : 15 g de sucre rapide, on attend 15 minutes, on recontrôle.
Voilà pour la réponse courte. Ceci étant dit, ce chiffre de 0,70 g/L est présenté partout comme une frontière absolue, et il ne l'est pas. Une glycémie qui descend toute seule et une glycémie poussée vers le bas par une injection ne racontent pas la même histoire. C'est cette distinction que je veux détailler ici, parce qu'elle change ce que vous devez faire.
Une hypoglycémie, c'est quoi exactement
Le cerveau a besoin de glucose en permanence pour fonctionner. Lorsque la glycémie baisse trop, le corps réagit en libérant de l’adrénaline. C’est cette hormone qui provoque les premiers symptômes d’une hypoglycémie : tremblements, sueurs, faim, palpitations ou anxiété.
Une hypoglycémie ne correspond pas seulement à un chiffre bas sur un lecteur de glycémie. Elle associe généralement une glycémie basse, des symptômes et une amélioration après avoir consommé du sucre.
Si la glycémie continue de diminuer, le cerveau reçoit moins de glucose. La concentration baisse, la parole peut devenir difficile, le comportement peut changer et il devient parfois impossible de se traiter seul. C’est ce qui fait de l’hypoglycémie une situation potentiellement dangereuse.
Hypoglycémie : à partir de quel taux faut-il s'inquiéter ?
Les repères utilisés en diabétologie sont simples à retenir.
| Taux | Ce que ça signifie |
|---|---|
| 0,70 g/L | seuil d'alerte, on surveille et on se resucre si on est sous traitement hypoglycémiant |
| Sous 0,54 g/L | glycémie franchement basse, le cerveau est en manque, resucrage sans attendre |
| Quel que soit le taux, si vous avez besoin de l'aide d'un tiers | hypoglycémie sévère, c'est la définition clinique |
Maintenant, la nuance que la plupart des sites oublient. Passer sous 0,70 g/L n'a rien d'exceptionnel chez quelqu'un qui n'a pas de diabète. Dans une étude où des personnes en bonne santé ont porté un capteur pendant 24 heures, 41 % d'entre elles sont descendues sous 0,70 g/L, les hommes environ 6 % du temps, les femmes environ 4 %. Leur corps gérait, sans qu'elles s'en rendent compte.
À titre personnel, je ne considère pas 0,70 g/L comme une hypoglycémie. Entre 0,60 et 0,70 g/L je me sens bien, sans sueurs ni confusion. Chez moi, ça commence en dessous. Cela ne veut pas dire que descendre bas soit anodin.
La règle pratique que j'en tire : si votre glycémie se stabilise seule autour de 0,65 ou 0,70 g/L et que vous vous sentez bien, il n'y a rien à corriger. Si elle descend parce qu'il y a trop d'insuline ou trop de sulfamide dans le circuit, elle ne s'arrêtera pas là, et il faut agir tout de suite. Tant que vous ne stabilisez pas encore votre glycémie, resucrez-vous légèrement dès 0,70 g/L.
Les symptômes d'une crise d'hypoglycémie, dans l'ordre où ils arrivent
Les signes classiques sont ceux de la décharge d'adrénaline :
- transpiration, souvent froide ;
- tremblements, sensation de vertige ;
- faiblesse, jambes en coton ;
- faim soudaine et impérieuse ;
- battements de cœur plus forts ou plus rapides ;
- picotements autour de la bouche.
Viennent ensuite les signes du cerveau qui manque de glucose : difficulté à se concentrer, vision floue, problèmes d'élocution, irritabilité inhabituelle. Ceux-là sont plus tardifs et plus inquiétants, parce que c'est le moment où votre jugement se dégrade. Votre entourage les repère souvent avant vous.
J'ai remarqué autre chose sur moi, et je ne l'ai lu nulle part : quelques minutes avant tous ces signes, je ressens un mal de ventre très subtil. C'est mon signal d'alerte le plus précoce. Chacun a le sien, et le trouver vaut mieux que n'importe quelle liste. La nuit, le corps se réveille pour signaler qu'il manque de glucose : réveil en sueur, épuisement au lever, parfois des cauchemars. Je détaille chaque signe et leur chronologie dans l'article consacré aux symptômes d'une hypoglycémie.
Hypoglycémie : que faire dans les quinze minutes qui suivent
La conduite à tenir est standardisée, et elle marche.
- Arrêtez ce que vous êtes en train de faire. Si vous conduisez, garez-vous. Si vous marchez, asseyez-vous.
- Mesurez si vous le pouvez, au doigt de préférence.
- Prenez 15 g de glucides à absorption rapide : 3 morceaux de sucre, un petit verre de jus de fruit ou de soda non light, un sachet de gel de glucose.
- Attendez 15 minutes, sans rien ajouter.
- Recontrôlez. Si vous êtes toujours sous 0,70 g/L, reprenez 15 g.
- Si le repas suivant est loin, mangez ensuite quelque chose de plus consistant.
Deux erreurs reviennent tout le temps. La première : se resucrer avec du chocolat, une viennoiserie ou des biscuits. Les graisses ralentissent et modifient la montée du glucose, au point que l'ajout de lipides à un repas décale la cinétique glycémique chez les personnes de type 1. Vous voulez du sucre nu, pas du sucre emballé dans du gras. Les fibres produisent le même effet de ralentissement, ce qui est excellent le reste du temps et contre-productif ici. La seconde erreur : manger jusqu'à se sentir mieux. La sensation revient toujours en retard sur le chiffre, et on finit à 2,50 g/L trois heures plus tard.
Si la personne est inconsciente ou en train de convulser, ne lui donnez rien à manger ou à boire. Placez-la en position latérale de sécurité, utilisez du glucagon si vous en avez et savez vous en servir, puis appelez immédiatement le 15.
Si vous faites des hypoglycémies fréquentes, n’essayez pas de modifier votre traitement seul. Prenez rendez-vous avec votre médecin ou votre diabétologue en apportant votre ordonnance et vos relevés de glycémie.
Ce qui fait chuter une glycémie
Dans le diabète traité avec de l'insuline, la cause est presque toujours un décalage entre le traitement et le reste. Une dose d'insuline surestimée, un repas sauté ou repoussé, un plat moins riche en glucides que prévu, un délai trop long entre l'injection et la première bouchée. Les sulfamides hypoglycémiants et les glinides peuvent aussi provoquer des hypoglycémies dans le diabète de type 2, contrairement à la metformine seule.
L'activité physique en est la deuxième grande cause, et elle est sournoise parce que son effet dure. Le muscle capte du glucose pendant l'effort, puis reconstitue ses réserves pendant des heures : une hypoglycémie peut survenir la nuit qui suit un match ou une randonnée. À l'inverse, un effort bref et très intense fait souvent monter la glycémie sur le moment, par libération d'hormones de stress. Beaucoup de personnes croient à une erreur de lecteur alors que c'est physiologique.
L'alcool mérite une ligne à part. Le foie occupé à métaboliser l'alcool libère moins de glucose, et l'hypoglycémie survient souvent plusieurs heures après, la nuit, avec des signes que l'entourage attribue à l'ivresse. Les autres causes fréquentes sont détaillées dans l'article sur les causes d'une hypoglycémie.
Peut-on faire une hypoglycémie sans diabète ?
Oui, et c'est même banal si l'on s'en tient au chiffre, comme le montrent les 41 % de l'étude citée plus haut. La glycémie descend aussi pendant le sommeil : le glucose interstitiel diminue en moyenne de 5 % pendant le sommeil paradoxal, ce qui explique une partie des baisses nocturnes chez les personnes sans diabète. Chez elles, les chutes sous 0,70 g/L sont environ deux fois plus fréquentes la nuit que le jour.
Ce qui est rare, en revanche, c'est l'hypoglycémie non diabétique confirmée, avec symptômes, glycémie basse mesurée au laboratoire et disparition des signes après resucrage. La forme la plus courante est l'hypoglycémie dite réactionnelle, deux à quatre heures après un repas riche en sucres rapides et pauvre en fibres. Les autres causes sont plus rares et relèvent d'un bilan médical : jamais d'autodiagnostic sur ce terrain.
Si vous vous reconnaissez dans ces malaises de fin de matinée, la première chose à faire est une prise de sang, pas un régime. Encore faut-il comprendre ce qu'on lit dessus. Recevoir ses résultats pour la première fois est déroutant, et les professionnels n'ont pas toujours le temps d'expliquer chaque ligne : j'ai rassemblé un glossaire des termes qui reviennent sur une analyse (glycémie à jeun, HbA1c, peptide C, insulinémie), disponible en téléchargement sur le site.
Capteur ou piqûre au doigt : lequel croire quand ça descend ?
Voilà le point que je vois le plus mal expliqué, et il concerne directement l'hypoglycémie. Un capteur de glucose en continu ne mesure pas votre sang. Il mesure le liquide interstitiel, celui qui baigne les cellules, et le glucose y arrive avec un temps de retard.
Conséquence, et elle est asymétrique. Quand votre glycémie monte, le capteur affiche moins que la réalité. Quand elle descend, le capteur affiche plus que la réalité. Autrement dit, au moment précis où vous chutez, votre capteur est en retard et vous rassure à tort. Et après un resucrage réussi, il reste bas alors que votre sang est déjà remonté, ce qui pousse à reprendre du sucre pour rien. C'est la cause d'un grand nombre de rebonds à 2 g/L.
La règle est donc simple : dès que la valeur affichée est très basse ou très haute, confirmez au doigt. Le capteur est excellent pour lire une tendance et une flèche de direction, il l'est moins pour décider dans l'urgence. Quant aux montres connectées vendues comme mesurant la glycémie sans piqûre, je les ai testées : les écarts sont importants dès que la glycémie bouge. Des entreprises sérieuses travaillent la question, mais aujourd'hui aucune de ces montres ne remplace une mesure.
Traiter la chute, ou traiter ce qui la provoque
Se resucrer, c'est éteindre un incendie. La vraie question est de savoir pourquoi le feu prend si souvent. Chez une personne insulinodépendante, la fréquence des hypoglycémies est étroitement liée à la quantité d'insuline en circulation : plus les doses sont élevées, plus la marge d'erreur se réduit, et plus une erreur de comptage se paie cash.
Je l'ai vécu dans l'autre sens. À mon retour en France, en septembre 2019, après deux ans en Australie avec des glycémies stables, j'ai repris l'insuline à 15 unités par jour. Quelques semaines plus tard, il m'en fallait 40 à 60. Ce n'était pas le sucre qui avait fait exploser mes besoins, c'était le retour des graisses et des protéines animales, et une résistance à l'insuline qui s'installait. Une seule datte me faisait monter à 3 g/L, alors qu'en Australie j'en mangeais jusqu'à 250 g par jour avec des glycémies stables. Quand on en arrive là, on jongle en permanence entre 2,50 g/L et l'hypoglycémie.
Améliorer sa sensibilité à l'insuline réduit les doses nécessaires, et des doses plus basses signifient mécaniquement moins d'hypoglycémies. C'est le sens des leviers que je détaille dans l'article sur les stratégies pour faire baisser sa glycémie. Ces changements prennent du temps, et ils se font avec votre médecin, jamais contre lui : toute réduction de dose se décide avec l'ordonnance sous les yeux. Jusqu'où votre besoin en hypoglycémiants peut-il descendre en suivant la méthode complète du livre ? La réponse est individuelle, et elle est plus favorable pour qui s'engage tôt, avant que la résistance ne s'installe durablement.
En pratique, commencez par une chose ce soir : notez l'heure, le taux, ce que vous avez mangé et la dose faite, à chaque hypoglycémie, pendant deux semaines. Un schéma apparaît presque toujours, et c'est ce document qui rendra votre prochaine consultation utile. C'est pour ça que j'ai conçu les carnets de suivi. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.
Sources
- Fasting Glucose Level and the Risk of Incident Atherosclerotic Cardiovascular Diseases (Diabetes Care)
- Dietary fat acutely increases glucose concentrations and insulin requirements in patients with type 1 diabetes
- The impact of brief high-intensity exercise on blood glucose levels
- Decreasing concentration of interstitial glucose in REM sleep in subjects with normal glucose tolerance