Mieux comprendre ses résultats de prises de sang liées au diabète.. voir sur YouTube

On est considéré comme diabétique à partir d’une glycémie à jeun égale ou supérieure à 1,26 g/L (7 mmol/L), mesurée en laboratoire après au moins 8 heures sans manger et confirmée par une deuxième prise de sang réalisée un autre jour. Une seule valeur au-dessus de ce seuil ne suffit généralement pas à poser le diagnostic.

Le diagnostic peut aussi être posé dans deux autres situations : si la glycémie est supérieure ou égale à 2 g/L à n’importe quel moment de la journée en présence de symptômes (soif intense, urines fréquentes, perte de poids), ou si l’HbA1c est supérieure ou égale à 6,5 %. L’HbA1c est un indicateur qui reflète votre glycémie moyenne au cours des 2 à 3 derniers mois.

C’est la réponse courte à la question. Dans la suite de cet article, je détaille ce que ces chiffres signifient réellement, pourquoi la zone entre 1,10 et 1,25 g/L mérite une attention particulière et quelles sont les limites de ces seuils.

Le tableau des seuils, à jeun et après un repas

Toutes les valeurs ci-dessous concernent une glycémie veineuse mesurée au laboratoire. Un lecteur de glycémie au doigt et un capteur en continu donnent des valeurs proches mais pas identiques, et ils ne servent jamais à poser un diagnostic.

SituationGlycémie à jeunGlycémie 2 h après une charge de glucose
Normale0,70 à 1,00 g/LInférieure à 1,40 g/L
Hyperglycémie modérée à jeun (prédiabète)1,10 à 1,25 g/L1,40 à 1,99 g/L
Diabète1,26 g/L ou plus, deux fois2,00 g/L ou plus

L'hyperglycémie, c'est simplement une glycémie plus élevée que la normale. Elle n'est pas synonyme de diabète : elle peut être ponctuelle, après un repas très sucré, pendant une infection, sous corticoïdes, ou en période de stress intense. Le diabète, lui, est une hyperglycémie chronique, installée, qu'on retrouve à jeun d'un jour sur l'autre.

Entre 1,00 et 1,10 g/L à jeun, les organismes divergent un peu. Les valeurs de référence françaises situent la normale entre 0,70 et 1,10 g/L, alors que l'OMS et la Fédération internationale du diabète parlent de normalité en dessous de 1 g/L. Ce n'est pas une contradiction gênante : c'est le signe qu'un seuil est une frontière administrative posée sur un continuum, pas un mur.

Pourquoi il faut deux prises de sang

Une glycémie n'est pas une donnée stable. Elle bouge avec ce que vous avez mangé la veille au soir, avec votre nuit, avec une infection en cours, avec le stress du prélèvement lui-même. Une nuit courte suffit à faire monter la glycémie : une étude publiée dans Diabetes Care a montré que la perte de sommeil à l'hôpital s'accompagne d'une hyperglycémie chez des personnes qui n'en avaient pas au départ.

D'où la règle : deux mesures, deux jours différents. Un résultat isolé à 1,30 g/L doit être refait, pas dramatisé. Un résultat isolé à 1,08 g/L ne doit pas non plus être rangé dans la case « rien à signaler » si vous avez des symptômes.

L'exception, c'est l'urgence. Quand la glycémie dépasse 2 g/L avec des symptômes francs, on ne repasse pas par une deuxième prise de sang. C'est ce qui m'est arrivé en 2017, à 24 ans. J'urinais jour et nuit, ma vision se troublait, j'avais une fatigue que je traînais en réalité depuis des années et que j'avais fini par considérer comme un héritage familial. Mon généraliste a diagnostiqué sur les symptômes, l'âge et le poids, et a prescrit une prise de sang. Résultat : HbA1c à 13 %, glycémie à 3,50 g/L. Il m'a appelé pendant que je lisais mes résultats pour me dire d'aller à l'hôpital sur-le-champ. Deux jours plus tard, à Angers, j'étais à 4,50 g/L.

Le prédiabète : la zone où presque tout se joue

On parle de prédiabète pour une glycémie à jeun entre 1,10 et 1,25 g/L, ou une HbA1c entre 5,7 et 6,4 %. Le mot est mal choisi, parce qu'il laisse entendre qu'il ne s'est encore rien passé. En réalité, la résistance à l'insuline s'installe des années avant que la glycémie à jeun ne bouge : le pancréas compense en produisant davantage d'insuline, et tant qu'il y arrive, votre prise de sang reste rassurante.

C'est pour cela que la glycémie à jeun est un indicateur tardif. Elle se dégrade quand la compensation commence à lâcher. Le sommeil en donne un exemple concret : des chercheurs ont montré une association entre mauvaise qualité de sommeil et intolérance au glucose chez des personnes en prédiabète, ce qui rappelle que le sucre n'est pas le seul paramètre en jeu.

La bonne nouvelle est réelle : c'est le stade où l'on a le plus de marge. Un premier pas applicable dès aujourd'hui, et qui marche : marcher 10 à 15 minutes dans l'heure qui suit chaque repas. Le muscle en contraction capte du glucose sans avoir besoin d'insuline. Ce n'est pas un remède, c'est un levier mécanique, et il agit sur le pic postprandial (le pic qui suit le repas), là où tout commence.

Ce que les seuils officiels ne disent pas

Dans mon livre, j'ai repris six études qui ont suivi des personnes sans diabète avec un capteur de glucose en continu, dans leur vie quotidienne. Le résultat est bien plus parlant que le seuil de 1,10 g/L.

Chez ces personnes, la glycémie moyenne à jeun tourne autour de 0,84 à 0,86 g/L, pas 1,05. Elles passent environ 90 % de leur temps entre 0,70 et 1,20 g/L. Leurs pics après repas se situent en moyenne entre 0,99 et 1,37 g/L, avec un maximum atteint entre 45 et 60 minutes après la première bouchée. Autrement dit, un organisme qui régule bien vit nettement plus bas que la limite haute de la normale.

Et cette différence n'est pas cosmétique. Un suivi de 22 ans publié dans Diabetes Care a montré que des hommes non diabétiques dont la glycémie à jeun dépassait 0,85 g/L avaient une mortalité cardiovasculaire plus élevée que ceux qui restaient en dessous. Personnellement, mon objectif au réveil se situe entre 0,70 et 0,85 g/L ; j'ai constaté que plus je suis bas dans cette fourchette, meilleure est ma glycémie le reste de la journée. Le seuil de 1,26 g/L répond à la question « suis-je diabétique ». Il ne répond pas à la question « où suis-je le mieux ».

Recevoir ses résultats d'analyse pour la première fois est déroutant, et les professionnels de santé n'ont pas toujours le temps de tout expliquer. J'ai rédigé un glossaire de prise de sang qui reprend les termes les plus courants (glycémie, HbA1c, peptide C) en langage clair. Vous pouvez télécharger le glossaire gratuitement ici.

Peut-on être diabétique sans le savoir ?

Oui, et c'est même fréquent. En France, on compte environ 4,5 millions de personnes diabétiques, dont près d'un million qui l'ignorent. Le diabète de type 2 s'installe silencieusement : la glycémie monte lentement, le corps s'y habitue, et les symptômes n'apparaissent qu'une fois les valeurs très élevées.

Les signes à connaître, quand ils arrivent :

  • Uriner beaucoup, y compris la nuit, parce que le rein élimine le glucose en excès et entraîne l'eau avec lui
  • Une soif que rien ne calme, conséquence directe de ces pertes d'eau
  • Une fatigue permanente : le glucose reste dans le sang au lieu d'entrer dans les cellules
  • Une vision floue, par variation du contenu en eau du cristallin
  • Des plaies qui cicatrisent mal, des infections urinaires ou cutanées à répétition
  • Une perte de poids sans raison, plus typique du type 1 et plus rapide

J'insiste sur la fatigue, parce que c'est celle qu'on n'écoute pas. J'ai passé des années à la mettre sur le compte de la fatigue familiale. Si vous vous reconnaissez dans deux ou trois de ces lignes, une prise de sang coûte le prix d'une ordonnance chez le généraliste. Et si vous avez une soif intense avec une glycémie très élevée, des nausées ou une respiration rapide, ce n'est pas un rendez-vous à prendre la semaine prochaine : c'est une situation d'urgence.

Ce que le chiffre ne décide pas

À l'hôpital, quand j'ai demandé à sortir dès le deuxième jour, la directrice est venue me parler. Elle m'a dit : « Vous êtes diabétique et le resterez toute votre vie. De plus, vous devrez vous injecter de l'insuline quotidiennement pour le reste de votre vie. » Cela m'a transpercé. J'ai à peine réussi à dormir cette nuit-là. Le lendemain matin, mon état d'esprit avait changé.

Je ne le raconte pas pour opposer un témoignage à la médecine. Ils avaient raison de me garder, je ne savais même pas m'injecter, et les personnes diabétiques vivent aujourd'hui plus longtemps que jamais grâce à de meilleurs traitements et à un meilleur suivi. Ce que je conteste, c'est qu'on vous donne une solution avant de vous avoir expliqué le problème. Un chiffre au-dessus de 1,26 g/L décrit un état à un instant donné. Il ne décrit pas les causes, et il ne décrit pas la trajectoire.

Ce que le chiffre 1,26 g/L ne précise pas, c'est la trajectoire possible après le diagnostic. La prise de sang vous dit où vous en êtes, pas jusqu'où vous pouvez aller si vous engagez une démarche sérieuse et précoce sur l'alimentation, le mouvement et le sommeil. Les personnes qui commencent tôt ont systématiquement plus de marge : certaines divisent par deux ou par trois leurs besoins en hypoglycémiants, d'autres visent une rémission. Cette marge se rétrécit avec le temps et l'ancienneté du diabète. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.

Une dernière chose, et elle n'est pas négociable : on ne modifie jamais seul un traitement, et surtout pas de l'insuline. Tout changement d'alimentation ou d'activité qui fait baisser la glycémie doit être discuté avec votre médecin, parce qu'il peut rendre une dose brutalement excessive et provoquer une hypoglycémie. Si vous voulez comprendre le fonctionnement d'ensemble de vos valeurs, le dossier glycémie va plus loin, et les valeurs normales à jeun et après le repas sont détaillées de leur côté. Pour agir, les stratégies pour faire baisser la glycémie reprennent les leviers un par un.

Sources

  1. Fasting blood glucose: an underestimated risk factor for cardiovascular death, suivi de 22 ans (Diabetes Care)
  2. Association Between Inpatient Sleep Loss and Hyperglycemia of Hospitalization (Diabetes Care)
  3. Associations between poor sleep and glucose intolerance in prediabetes (PubMed)