On fait une hypoglycémie parce que le glucose qui sort du sang dépasse celui qui y entre. C'est toute la mécanique, et elle explique la totalité des causes. Chez une personne diabétique traitée, le déséquilibre vient presque toujours d'un excès d'insuline ou d'hypoglycémiant par rapport à ce qui a été mangé ou dépensé. Chez une personne sans diabète, il vient d'autre chose : une réaction digestive, un jeûne prolongé, un médicament, une pathologie plus rare.

Cette distinction n'est pas un détail de classement. Elle change la conduite à tenir. Une hypoglycémie liée à une dose se corrige en revoyant la dose avec son médecin. Une hypoglycémie qui survient sans aucun traitement demande d'abord de vérifier qu'il s'agit bien d'une hypoglycémie, ce qui est beaucoup moins souvent le cas qu'on ne le croit.

Je ne suis pas médecin, je vis avec un diabète de type 1 depuis 2017 et j'ai passé des années à mesurer ma propre glycémie. Ce que je décris ici vient de la littérature que j'ai lue pour mon livre et de mes propres relevés. Voyons les deux familles séparément.

Rappel du seuil, et pourquoi il ne suffit pas à parler de cause

On considère généralement que le seuil de l'hypoglycémie est atteint sous 0,70 g/L. En dessous, l'organisme libère de l'adrénaline, l'hormone de la lutte ou de la fuite. C'est elle qui provoque l'accélération du cœur, les sueurs, l'anxiété, la vision floue, et c'est aussi elle qui remobilise du glucose dans le sang.

Ceci étant dit, un chiffre bas n'indique pas toujours une anomalie. Dans une étude sur des personnes sans diabète en bonne santé portant un capteur en continu sur 24 heures, 41 % d'entre elles sont descendues sous 0,70 g/L au moins une fois. Les hommes passaient 6,1 % du temps sous ce seuil, les femmes 4,4 %. Et ces baisses sont deux fois plus fréquentes la nuit que le jour, notamment parce que le glucose diminue en moyenne de 5 % pendant le sommeil paradoxal.

Je le dis dans mon livre : à titre personnel, je ne considère pas 0,70 g/L comme une hypoglycémie. Entre 0,60 et 0,70 g/L je me sens bien, sans sueurs ni confusion. Cela commence en dessous. La vraie question de cause devient alors : est-ce que votre glycémie se stabilise elle-même à ce niveau, ou est-ce qu'elle y a été poussée par un médicament ? Dans le premier cas le corps garde le contrôle, dans le second non. Pour ce qui relève des seuils et des signes ressentis, j'ai détaillé les repères dans l'article sur les symptômes de l'hypoglycémie.

Famille 1 : les causes liées au traitement

C'est la cause de loin la plus fréquente, et les manuels médicaux le disent sans détour : l'hypoglycémie est le plus souvent provoquée par les médicaments pris pour contrôler le diabète, comme le rappelle le manuel MSD [À VÉRIFIER : URL exacte non fournie dans le brief]. Les molécules concernées sont l'insuline et les hypoglycémiants qui stimulent la sécrétion d'insuline, les sulfamides notamment. La metformine seule ne provoque pas d'hypoglycémie.

Les situations concrètes reviennent toujours aux mêmes six :

  • Une dose d'insuline trop élevée par rapport à la quantité de glucides du repas, ou une erreur de stylo.
  • Un repas retardé, sauté, ou plus pauvre en glucides que prévu après une injection déjà faite.
  • Une activité physique non anticipée : le muscle capte le glucose sans avoir besoin d'insuline, donc l'insuline injectée devient excédentaire.
  • L'alcool, qui bloque la libération de glucose par le foie et peut déclencher une hypoglycémie plusieurs heures après, souvent la nuit.
  • Une injection dans une zone très sollicitée ou dans un muscle, ce qui accélère l'absorption.
  • Une amélioration réelle de la sensibilité à l'insuline : les doses d'avant deviennent trop fortes pour le corps d'aujourd'hui.

Ce dernier point est le plus mal compris et le plus important. Quand vous changez votre alimentation, que vous bougez plus, que vous perdez de la masse grasse viscérale, votre besoin en insuline baisse. Si la dose ne bouge pas, vous ferez des hypoglycémies alors que vous allez mieux. Ce n'est pas un signal d'échec, c'est un signal d'adaptation, et cette adaptation se fait avec votre médecin ou votre diabétologue, jamais seul.

Famille 2 : les causes indépendantes du traitement

Elles existent, elles sont beaucoup plus rares, et elles se voient aussi chez des personnes qui n'ont aucun diabète. Les revues médicales parlent d'hypoglycémie non diabétique et insistent sur un point : elle est souvent confondue avec un simple abaissement de la glycémie sans conséquence.

Les causes réellement documentées :

  • L'hypoglycémie réactionnelle, dite postprandiale, qui survient une à trois heures après un repas riche en glucides raffinés. Le pic est fort, la réponse en insuline est excessive, et la glycémie redescend trop bas. C'est la plus courante des hypoglycémies sans diabète.
  • Après une chirurgie bariatrique, en particulier un bypass gastrique. Le passage accéléré des aliments dans l'intestin déclenche une réponse hormonale disproportionnée, et la Revue Médicale Suisse a consacré une mise au point à la gestion de ces hypoglycémies.
  • Un jeûne prolongé ou un apport alimentaire très insuffisant, notamment chez une personne mince ou en insuffisance pondérale.
  • Certains médicaments non liés au diabète. J'y reviens plus bas, parce que je l'ai vécu à l'envers.
  • L'alcool à jeun, même sans diabète.
  • Des causes rares : insuffisance surrénalienne, hypothyroïdie sévère, insuffisance hépatique ou rénale avancée, et l'insulinome, une tumeur bénigne du pancréas qui sécrète de l'insuline sans contrôle.

Si vous n'avez pas de diabète et que vous faites des malaises répétés, le réflexe utile n'est pas de manger du sucre en prévention. C'est de mesurer la glycémie au moment du malaise, et de le montrer à votre médecin. Beaucoup de sensations attribuées à l'hypoglycémie relèvent d'autre chose : chute de tension, anxiété, déshydratation, ou simplement une fatigue installée.

Ce que mes jeûnes m'ont appris sur les doses

J'ai pratiqué des jeûnes hydriques, courts de 24 heures et longs jusqu'à quatorze jours. Après mon diagnostic, mes premiers essais n'ont rien donné : 16 heures, puis 24, puis 36 heures, et ma glycémie ne descendait pas. Elle stagnait entre 2 et 3 g/L pendant que je mangeais ce qu'on recommande aux personnes diabétiques, à faible index glycémique : produits laitiers, poulet, œufs. C'est à 72 heures que ça a basculé. Ma glycémie est passée sous 1 g/L, puis 0,90, puis 0,80, et à la fin des 72 heures elle était à 0,60 g/L, sans une seule unité d'insuline.

Voilà ce que ça enseigne sur les causes de l'hypoglycémie : le jeûne ne fait pas baisser la glycémie de la même façon selon l'état de votre sensibilité à l'insuline. Le danger n'est donc pas le jeûne en soi, c'est le décalage entre un traitement calculé pour votre corps d'avant et un corps qui vient de changer de régime. Les études sur le jeûne et le diabète concluent le plus souvent à une diminution des besoins en insuline ou en hypoglycémiants. Diminution des besoins signifie exactement une chose : si les doses ne suivent pas, l'hypoglycémie arrive.

Une précision qui compte : ces jeûnes, je les ai menés sans encadrement, à une période où je refusais mon traitement. Je les raconte, je ne les présente pas comme reproductibles. Et je le redis, l'Allemagne, la Suisse, la Russie, le Canada et le Japon disposent de centres de jeûne thérapeutique avec des médecins qualifiés. La France, non : tous les centres français proposent un jeûne bien-être, pas un jeûne thérapeutique. C'est un vrai retard, et c'est aussi pourquoi je ne conseille à personne de se lancer seul sous insuline.

Le médicament qu'on ne soupçonne pas

Un médicament peut déséquilibrer votre glycémie dans les deux sens, et personne ne pense à le vérifier. Je l'ai vécu dans le sens inverse de l'hypoglycémie, ce qui rend l'exemple encore plus parlant.

À Sydney, deux mois après mon arrivée, des plaques sont apparues sur mes tibias. Un médecin a diagnostiqué une allergie et m'a prescrit une crème et des cachets. Ma glycémie au réveil est passée de 1,80 g/L en moyenne à plus de 3 g/L. J'ai fini par soupçonner les cachets, je les ai arrêtés, et la glycémie est redescendue dès le lendemain. Une deuxième médecin, en voyant la boîte, a réagi : « Savait-il que tu as un diabète ? Ces pilules provoquent une augmentation du glucose dans le sang. »

Le reproche ne visait pas la médecine, il visait une prescription précise faite sans tenir compte de mon diabète. Retenez le principe : tout nouveau médicament peut modifier votre glycémie, et certains, bêtabloquants, quinolones, certains antipaludéens, peuvent au contraire favoriser des hypoglycémies ou en masquer les signes. Demandez systématiquement à votre médecin et à votre pharmacien, et mesurez plus souvent les premiers jours.

Comment identifier votre cause, en pratique

Une cause ne se devine pas, elle se repère par recoupement. Trois hypoglycémies sans note écrite ne vous apprennent rien ; trois hypoglycémies notées vous donnent un motif.

Pour chaque épisode, notez cinq choses : l'heure, la valeur mesurée, ce que vous avez mangé au repas précédent et à quelle heure, la dose injectée ou le comprimé pris, et l'activité physique des six heures précédentes. Un capteur en continu aide, mais faites une glycémie capillaire dès que la valeur affichée est très basse : le capteur mesure le liquide interstitiel, avec un décalage dans le temps, et quand la glycémie baisse le capteur retarde à le montrer. C'est ce genre de suivi structuré que j'ai mis dans mes carnets de suivi.

Ensuite, lisez le motif :

Ce que vous observezPiste à explorer avec votre médecin
Toujours 1 à 3 heures après un repas sucréhypoglycémie réactionnelle
Toujours la nuit ou au réveildose de basale, ou alcool de la veille
Les jours où vous bougez plusdose à adapter autour de l'effort
De plus en plus fréquentes alors que vous mangez mieuxsensibilité à l'insuline améliorée, doses à revoir
Depuis un nouveau médicamentinteraction, à signaler au prescripteur

Je ne peux pas vous donner de protocole de réduction de doses, et personne ne devrait le faire par écrit à distance. Ce qui se joue là est une transition délicate, elle se fait avec le médecin qui a prescrit. En revanche, agir sur la cause en amont, sur la qualité du repas et sur la sensibilité à l'insuline, ça se travaille et j'en donne les leviers dans l'article sur les stratégies pour faire baisser la glycémie.

Deux familles de causes, une seule règle

Deux familles, et il faut savoir dans laquelle vous êtes. Si vous prenez de l'insuline ou un hypoglycémiant sécrétagogue, la cause est presque toujours un déséquilibre entre la dose, les glucides et l'activité, et la solution passe par un ajustement encadré. Si vous ne prenez aucun traitement du diabète, la cause la plus probable est réactionnelle, après un repas riche en glucides raffinés, et il faut d'abord confirmer par une mesure au moment du malaise.

Dans les deux cas, la même règle : on ne modifie pas seul une dose d'insuline ou un hypoglycémiant. Et si les épisodes se répètent, avec confusion, malaise ou perte de connaissance, ce n'est plus une question d'ajustement à la marge, c'est une consultation à demander sans attendre.

Ces changements prennent du temps. Concentrez-vous sur des habitudes qui tiennent, pas sur une correction rapide. Une hypoglycémie répétée n'est pas une fatalité, c'est une information sur l'écart entre votre traitement et votre corps actuel, et cet écart, il se mesure. C'est aussi parfois le signe que votre sensibilité à l'insuline s'améliore, et que vos doses deviennent trop élevées pour votre corps d'aujourd'hui. C'est dans cet espace, encadré par votre médecin, que des personnes parviennent à réduire sensiblement leurs besoins en hypoglycémiants. Plus la démarche est engagée tôt après le diagnostic, plus la marge est large. Toute modification de traitement se décide avec votre médecin, jamais seul. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.

Sources

  1. Gestion des hypoglycémies après le bypass gastrique, Revue Médicale Suisse
  2. The Causes of Insulin Resistance in Type 1 Diabetes Mellitus: Is There a Place for Quaternary Prevention?
  3. Physical inactivity a leading cause of disease and disability, warns WHO