10 SIGNES ALARMANTS D'UNE GLYCÉMIE TROP ÉLEVÉE. voir sur YouTube

L'hyperglycémie, c'est un excès de glucose dans le sang. Ses symptômes les plus fréquents sont la soif intense, les urines abondantes et fréquentes (y compris la nuit), une fatigue anormale, une vision floue, une faim augmentée et parfois une perte de poids sans raison. Le problème, c'est que ces signes n'apparaissent pas au moment où la glycémie commence à monter. Ils apparaissent bien plus tard, quand elle est déjà haute depuis un moment.

C'est le point que la plupart des sites sur le sujet ne disent pas. Vous pouvez avoir une glycémie à 1,60 g/L pendant des mois et ne rien sentir du tout. Voilà pourquoi une liste de symptômes ne suffit jamais à savoir où vous en êtes.

Les symptômes que j'ai eus, et ce que je croyais

Avant mon diagnostic en 2017, à 24 ans, j'avais tous les signes. Des urines très fréquentes, jour et nuit. Des troubles de la vision. Une fatigue intense. Un appétit augmenté. Je pesais 60 kg.

Je n'ai pas pensé au diabète. J'ai souffert d'une fatigue chronique récurrente depuis toujours, et j'avais fini par considérer que c'était un héritage familial et que j'allais en souffrir pour le reste de ma vie. Ma famille était fatiguée, donc j'étais fatigué. C'était l'explication.

Ce qui m'a fait bouger, ce n'est pas la fatigue, c'est le fait d'uriner en permanence. J'ai tapé « uriner beaucoup » sur Internet. Mon médecin a diagnostiqué sur les seuls symptômes, l'âge et le poids, puis a prescrit une prise de sang. Résultat : HbA1c à 13 % et glycémie à 3,50 g/L. Il m'a appelé pendant que je lisais les résultats pour me dire d'aller à l'hôpital sur-le-champ. Deux jours plus tard, à l'hôpital d'Angers, j'étais à 4,50 g/L.

Je raconte cela pour une raison précise : le corps envoyait des signaux depuis longtemps, et je les avais rangés dans la case « c'est comme ça ». Si vous vous reconnaissez, une prise de sang coûte peu et répond en trois jours.

À partir de quelle valeur parle-t-on d'hyperglycémie ?

Un chiffre rend tout le reste lisible. Chez une personne sans diabète, la glycémie est remarquablement stable. Dans les six études sous capteur en continu que j'ai analysées pour mon livre, les participants passaient environ 90 % de la journée entre 0,70 et 1,20 g/L, avec une moyenne à jeun autour de 0,86 g/L et des pics après repas qui dépassaient rarement 1,40 g/L.

En pratique, les repères retenus par l'Organisation mondiale de la Santé et la Fédération internationale du diabète sont les suivants :

SituationValeur habituelleOn parle d'hyperglycémie
À jeun0,70 à 1,00 g/LAu-delà de 1,26 g/L (à confirmer par un second dosage)
1 h à 2 h après un repasMoins de 1,40 g/LAu-delà de 1,80 g/L de façon répétée

Les symptômes classiques, soif et urines abondantes, apparaissent en général quand la glycémie dépasse durablement le seuil rénal, aux alentours de 1,80 g/L. En dessous, votre corps ne dit rien. C'est exactement l'intervalle silencieux où le diabète de type 2 s'installe, et les valeurs de glycémie méritent d'être comprises une bonne fois plutôt que retenues par cœur.

Les 10 signes d'une glycémie trop élevée, et pourquoi ils arrivent

Une liste de symptômes ne sert à rien si vous ne comprenez pas d'où ils viennent. Voici les dix signes, avec leur mécanisme.

  1. Soif intense. Au-dessus du seuil rénal, votre rein élimine le glucose excédentaire dans l'urine. Le sucre entraîne l'eau avec lui, vous vous déshydratez, vous avez soif.
  2. Urines abondantes et fréquentes, surtout la nuit. C'est le même mécanisme, vu de l'autre côté. Se lever deux ou trois fois par nuit pour uriner est un signe très parlant.
  3. Fatigue. Le glucose reste dans le sang au lieu d'entrer dans les cellules. Vos muscles manquent de carburant alors que le sang en déborde. À cela s'ajoute un sommeil haché par les levers nocturnes.
  4. Vision floue. L'excès de glucose fait varier la teneur en eau du cristallin, qui se déforme et perd sa mise au point. Cette vision floue là est réversible quand la glycémie redescend. À ne pas confondre avec la rétinopathie diabétique, qui est une atteinte des vaisseaux de la rétine et s'installe sur des années.
  5. Faim augmentée, parfois avec perte de poids. Les cellules réclament de l'énergie qu'elles ne reçoivent pas. Le corps se met à puiser dans les graisses et les muscles.
  6. Cicatrisation lente. Une glycémie haute abîme les petits vaisseaux et gêne la circulation vers la peau. Une coupure qui traîne des semaines n'est pas anodine.
  7. Picotements ou engourdissements dans les mains et les pieds. C'est la neuropathie : les nerfs souffrent quand les vaisseaux qui les nourrissent sont endommagés.
  8. Peau sèche et démangeaisons. Conséquence directe de la perte de liquide par les urines.
  9. Infections à répétition. Mycoses, infections urinaires, gingivites. Une glycémie élevée gêne le travail des cellules immunitaires et le glucose nourrit certains germes.
  10. Taches sombres et veloutées sur la peau, au cou, aux aisselles, dans les plis. C'est l'acanthosis nigricans, associée à la résistance à l'insuline. C'est souvent le premier signe visible d'un type 2 qui s'installe.

Un point que la plupart des listes oublient : la glycémie ne monte pas qu'à cause de ce que vous mangez. Une nuit trop courte suffit, et une étude publiée dans Diabetes Care sur des patients hospitalisés a associé la perte de sommeil à une hyperglycémie. D'autres travaux ont également établi un lien direct entre mauvais sommeil, déséquilibre glycémique et épaississement artériel chez les personnes diabétiques de type 2. Un effort intense peut aussi la faire monter au lieu de la baisser, ce qu'un travail sur l'exercice bref à haute intensité a documenté. Le stress, une infection en cours ou un médicament font la même chose.

Le malaise hyperglycémique : quand ce n'est plus un symptôme mais une urgence

Certains signes ne se surveillent pas, ils s'appellent. Le malaise hyperglycémique correspond à une décompensation, et il a deux formes.

L'acidocétose diabétique touche surtout le type 1, mais pas seulement. Faute d'insuline, le corps brûle des graisses et produit des corps cétoniques, qui acidifient le sang. Les signes : nausées, vomissements, douleurs abdominales, respiration ample et rapide, haleine à l'odeur fruitée rappelant la pomme trop mûre ou le dissolvant, somnolence, confusion. C'est une urgence vitale.

Le coma hyperosmolaire concerne plutôt le type 2, souvent chez une personne âgée. La glycémie grimpe très haut, la déshydratation devient massive, la personne devient confuse et somnolente sans forcément vomir.

Appelez le 15 sans attendre en cas de vomissements, de somnolence inhabituelle, de confusion, de respiration difficile, ou de cétones élevées au test. Si vous avez un lecteur, mesurez ; si vous avez des bandelettes de cétonémie ou de cétonurie, utilisez-les. N'attendez pas de voir si ça passe.

Si vous êtes sous insuline, la correction d'une hyperglycémie se fait selon le protocole établi avec votre diabétologue. Ne modifiez pas vos doses de votre propre initiative, dans un sens comme dans l'autre.

Ne confondez pas avec une hypoglycémie

Beaucoup de gens croient reconnaître un « malaise du sucre » sans savoir dans quel sens il va. Or les deux se traitent de façon opposée, et se tromper est dangereux.

HyperglycémieHypoglycémie
S'installe en heures ou en joursSurvient en minutes
Soif, urines fréquentes, bouche sècheSueurs, tremblements, faim brutale
Fatigue, somnolencePalpitations, pâleur, irritabilité
Peau plutôt sèchePeau moite

La règle est simple : en cas de doute, on mesure. Si vous ne pouvez pas mesurer et que la personne est consciente, on traite comme une hypoglycémie, parce que c'est elle qui tue en quelques minutes. Le détail des signes est dans l'article consacré aux symptômes de l'hypoglycémie.

Ce que je fais depuis que je connais mes signaux

Deux choses ont changé ma façon de voir. La première, c'est d'arrêter de juger ma glycémie sur une valeur isolée. Un chiffre le matin ne dit rien de vos vingt-quatre heures. J'ai remarqué que plus ma glycémie au réveil se situait entre 0,70 et 0,85 g/L, meilleure était ma journée entière, y compris la nuit suivante. Ce n'est pas un hasard : un suivi de 22 ans chez des hommes non diabétiques a montré qu'une glycémie à jeun au-dessus de 0,85 g/L était déjà associée à une mortalité cardiovasculaire plus élevée. « Normal » et « optimal » ne sont pas le même mot.

La seconde, c'est de noter. Pas seulement les chiffres : ce que j'ai mangé, comment j'ai dormi, si j'ai marché, si j'étais stressé. C'est comme cela que j'ai compris à Sydney que les produits contenant de la farine bloquaient fortement ma glycémie, alors que d'autres aliments sucrés passaient sans problème. Personne ne me l'aurait dit, je l'ai vu dans mes propres relevés. C'est aussi pour cela que j'ai construit des carnets de suivi de glycémie : le symptôme vous alerte tard, le relevé vous alerte tôt.

Sur le fond, faire redescendre une hyperglycémie durablement ne tient pas à une astuce. Ces changements prennent du temps, alors concentrez-vous sur des habitudes durables plutôt que sur des solutions rapides. Les leviers principaux sont détaillés dans l'article sur les stratégies pour faire baisser sa glycémie.

Un dernier mot sur ce que les symptômes ne vous disent pas

Les symptômes d'hyperglycémie sont des alarmes tardives. Ils confirment un problème, ils ne le détectent pas. En France, on estime que près d'un million de personnes vivent avec un diabète sans le savoir, et c'est précisément parce que ce silence dure des années.

Si vous avez plusieurs de ces signes, ne cherchez pas à interpréter tout seul : demandez une glycémie à jeun et une hémoglobine glyquée (HbA1c), qui reflète votre moyenne des trois derniers mois. Si vous êtes déjà suivi et que vos valeurs restent hautes malgré votre traitement, c'est une conversation à avoir avec votre médecin, pas une raison de changer vos doses seul.

Les symptômes de l'hyperglycémie sont des alarmes tardives. Quand ils se déclenchent, la glycémie est déjà élevée depuis un moment. La vraie question n'est pas seulement comment les reconnaître, mais comment reculer le seuil auquel ils apparaissent, en travaillant sur la sensibilité à l'insuline en amont. C'est là que réside la marge réelle : réduire ses besoins en hypoglycémiants, voire atteindre une rémission, reste possible pour beaucoup de personnes qui s'y engagent tôt après le diagnostic. Toute adaptation de traitement se décide avec votre médecin, jamais seul. Retrouvez plus d'informations sur ma démarche sur la page auteur.

Sources

  1. Fasting blood glucose: an underestimated risk factor for cardiovascular death (Diabetes Care, suivi de 22 ans)
  2. Association Between Inpatient Sleep Loss and Hyperglycemia of Hospitalization (Diabetes Care)
  3. The impact of brief high-intensity exercise on blood glucose levels
  4. Association between poor glycemic control, impaired sleep quality, and increased arterial thickening in type 2 diabetic patients